Ceinwynn écrit Trucs et astuces d’écrivains

Une classe de maître avec Alexandre Jardin

Bonjour à tous,

Vendredi dernier dans le cadre du Salon du Livre de Trois-Rivières, j’ai eu la chance de pouvoir assister à une classe de maître avec Alexandre Jardin.

Une classe de maître avec Alexandre Jardin

C’était la première fois que l’auteur se livrait à l’exercice et il s’en est sorti avec brio. Je m’attendais à un homme expansif, mais Alexandre Jardin est en fait un homme timide. Enthousiaste, avec un brin de folie mais timide. Il s’est arrêté quelques fois pour consulter ses notes. Plus qu’une conférence, cette classe de maître a surtout été une conversation. Nous pouvions poser des questions au fil de la conférence au lieu d’attendre la traditionnelle séance de questions de fin de séance.

L’intrigue et le sujet

Alexandre Jardin a surtout insisté sur la différence entre l’intrigue (l’enveloppe du récit) et le sujet (ce qui fait notre vérité). Il ne faut jamais oublier que l’intrigue doit être au service du sujet. Il a déploré que la première prenne de plus en plus de place dans les romans au détriment du premier. Car pour lui, « c’est le sujet qui nous fait revenir à un texte ».  Et d’ajouter: « C’est toute la différence entre la littérature de chevalet, une littérature descriptive, et la littérature homérique qui pousse à l’action. » Je vous laisse deviner dans quelle catégorie Alexandre Jardin se classe. Il a ensuite insisté sur l’importance de la relecture et de ses pièges. Pour lui, plus on relit son texte, plus on peaufine l’intrigue ce qui affaiblit le sujet.

Alexandre Jardin n’a pas peur des archétypes, ils sont puissants et doivent être utilisés car ils reflètent la psyché humaine. De la même manière, il nous a exhorté à ne pas avoir peur de la transgression et même de la rechercher; car c’est dans cette zone que se trouvera notre sujet.

Ecrire dans la joie

Tout comme sa mère dans Ma mère avait raison (voir ma chronique ici), Alexandre Jardin nous a martelé son credo: « écrire ce qu’on est le seul à pouvoir écrire », c’est-à-dire être soi dans son récit. « Si ce n’est pas de vous, ce sera mauvais ». Ceux qui ont lu son dernier roman se rappelleront la scène où la mère d’Alexandre jette son manuscrit au feu lorsqu’il lui avoue « il n’est pas de moi ». D’où l’importance d’avoir un bon éditeur celui qui aimera notre folie et saura nous dire que nous sommes au cœur de notre vérité. « Il ne faut laisser la langue écrire pour vous. C’est le piège. Chacun de vos mots doit exactement exprimer votre point de vue ».
D’où la joie d’écrire. On ne parle pas ici de caractéristique du texte mais d’état d’esprit. L’auteur doit toujours écrire dans la joie. « Quand Baudelaire écrit, on sent sa joie. Une joie noire mais c’est de la joie. » Si écrire ou relire un texte devient fastidieux, c’est qu’il est mauvais. Une philosophie qui ne m’a pas surprise tant la jubilation d’Alexandre Jardin apparaît dans chacun de ses mots.

Le « monstre » et la relecture

D’un point de vue plus technique, cette classe de maître m’a permis de me familiariser avec le concept du « monstre ». Il s’agit de la glaise qui va modeler l’oeuvre. « Ne jugez pas le monstre. Les 20 premières pages seront forcément mauvaises. » Du point de vue du plan, l’auteur de Fanfan conseille d’en faire un pour justement apprivoiser le monstre; puis de l’oublier dès qu’on se met à écrire.

Alexandre Jardin est un adepte des relectures thématiques, pour ne pas se laisser emporter par le texte. Il n’hésite pas non plus à faire des coupes. Il faut être impitoyable: chapitres, phrases, tout doit y passer pour « ne pas asphyxier le lecteur ». D’après lui, il y a au moins 10% de texte en trop. Lors de ces relectures, il se met dans la peau d’un monteur au cinéma: rythme, ellipses, coupe de chapitre. L’important est de faire attention aux chutes.

Je ne suis toujours pas redescendu de mon nuage tant la classe de maître d’Alexandre Jardin m’a touchée. Je m’attendais à quelque chose de grand, ce fut plus que ça. Véritablement inspirant. Je me suis totalement retrouvée dans sa vision de l’écriture. Car même s’il a surtout été question de technique -la majorité des questions portaient sur le sujet- j’ai été conquise par l’enthousiasme de l’auteur. Cette conférence m’a également permis de comprendre mon problème actuel: j’ai perdu ma joie. Pour arriver à écrire de nouveau, il va falloir que j’ose être moi et retourner dans cette zone de transgression que représente la littérature. Merci Alexandre, je vais oser !

Dédicace d'Alexandre Jardin

 

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